L’Adhésion de la Turquie à l’UE, au point mort ou enterrée ? 

2 juin 2017

Chapeau : L’Adhésion de la Turquie à l’UE, au point mort ou enterrée ? 

Schéma de financement : 2017-06-02

Amorce :

Le processus d’adhésion de la Turquie a débuté en 1999 avec la reconnaissance officielle du pays en tant que candidat à l’Union. Quant aux négociations, elles n’ont commencé qu’en 2005. La Commission européenne et la Turquie ont adopté un « agenda positif » en mai 2012, mais depuis les relations entre les deux acteurs se sont sévèrement dégradées.

Texte :

Pour l’Union européenne, l’inacceptable est presque atteint
Aujourd’hui, l’adhésion ne semble plus souhaitée d’aucun côté. Pour l’Union européenne, les critères de Copenhague, qui définissent les conditions pour qu’un pays puisse devenir membre sont mis à mal. En effet, des répressions policières massives pour contrer le mouvement de protestation du régime (2013), en passant par la Réforme judiciaire controversée, jusqu’aux larges arrestations, suspensions et licenciements à la suite de la tentative de coup d’Etat par l’armée turque (juillet 2016) et bien d‘autres événements en cours, ont accéléré la dérive autoritaire du régime du président Erdoğan. L’Union européenne ne peut que continuer à dénoncer les sérieuses violations des droits de l’Homme, point de blocage majeur de l’adhésion depuis l’origine.

L’éventualité de la réintroduction de la peine de mort annoncée par le Président Turc en mars dernier a fait immédiatement réagir la Commission européenne. « Si la peine de mort est réintroduite en Turquie, cela entraînera la fin des négociations » du pays, a déclaré Jean-Claude Juncker.

Pour la Turquie, la provocation et l’intimidation sont de mise
En multipliant les décisions autoritaires et les provocations à l’égard de l’Union européenne, se pose également la question de la volonté du président turc Recep Tayyip Erdogan et donc de la Turquie d’intégrer un jour l’Union européenne.

La victoire du « oui » au référendum sur la réforme de la constitution, renforçant les pouvoirs du président, a montré qu’une majorité du peuple turc soutenait ce virage politique, qui éloigne encore le pays de l’application des standards européens en matière d’Etat de droit.

Lors de sa campagne pour ce referendum, le ton a été très ferme vis à vis de Bruxelles.  « Ils nous font attendre à la porte de l’Union européenne depuis cinquante-quatre ans, (…) Nous pourrons aller au-devant de notre peuple, et nous obéirons à sa décision », a lancé le Président Erdogan. Il a de même suggéré de lancer une consultation populaire sur la poursuite ou non des négociations d’adhésion à l’UE sans avancer de dates (Le Monde, 17.04.2017), relevant ainsi le sentiment anti-européen.

Les deux parties ne sont pourtant pas prêtes à stopper le processus
L’Europe est coincée de toute évidence comme l’assure le chercheur Didier Billion, spécialiste de la Turquie à l’Institut de Relations internationales et Stratégiques : « si l’Europe veut avoir un rôle sur la scène internationale, elle doit trouver des systèmes d’alliance. La Turquie est incontournable pour la stabilité dans la région » (L’Express 17.04.2017).

La Turquie de son côté, ne profiterait-elle pas, le plus longtemps possible, des fonds européens que l’Union lui octroie au titre de ses réformes institutionnelles (4.5 milliards d’euros 2014-2020), de ses coopérations économiques avec l’Union ou encore de la gestion du pacte migratoire : 3 milliards additionnels adoptés cette année pour la Turquie ?

Enfin, les deux parties n’ont-elles pas conscience qu’un arrêt des conventions entraînerait inévitablement une fermeture radicale des frontières et des relations ? Aucune ne semble prête à prendre ce risque aujourd’hui au nom d’une stabilité toute relative de la zone et d’une tension des relations internationales généralisées.

En effet, le désengagement américain en matière de défense du continent et les tensions grandissantes avec la Russie placent à nouveau les partenaires européens devant l’urgence de construire une Europe de la Défense. Les Etats membres seront-ils capables de réussir là où aucun accord n’a jamais été possible ?