L’Islande sort de la procédure d’adhésion à l’UE

18 mars 2015

Schéma de financement : 2015-03-18

Amorce :

L’Islande a officiellement annoncé au président du Conseil de l’UE sa volonté de se retirer de la procédure d’adhésion à l’UE. Quelles sont les motivations de l’Islande justifiant ce retrait ? Quel est l’impact sur l’éligibilité de l’Islande aux fonds européens ?

Texte :

Le gouvernement islandais a annoncé vendredi 12 mars 2015 l’arrêt de sa procédure d’adhésion à l’Union européenne. L’Islande est à ce jour le troisième pays à avoir interrompu sa procédure d’adhésion après la Norvège et de la Suisse.

Déjà membre de l’Espace Economique Européen (EEE), de l’espace Schengen et du marché unique, le gouvernement islandais à ce moment de centre-gauche a présenté sa candidature pour intégrer l’Union européenne le 16 juillet 2009. Le 17 juin 2010, l’UE a accordé le statut de candidat à l’Islande en approuvant formellement l’ouverture des négociations d’adhésion. Le gouvernement islandais a pour objectif d’adhérer en 2013, avec l’adoption rapide de l’euro afin de donner au pays une « stabilité » dont elle rêvait pour se sortir de la crise.

Les négociations au point mort

Pourtant, le 12 septembre 2013, le ministre des Affaires étrangères islandais Gunnar Bragi Sveinsson annonce que le Gouvernement islandais de la législature suivante, une coalition centre-droite avec les partis du Progrès et de l’Indépendance, suspend les négociations d’adhésion à l’UE. Le 22 février 2014 un projet de loi du gouvernement islandais est présenté visant à retirer cette candidature. Le retrait de l’Islande de la procédure d’adhésion devient officiel le 12 mars 2015, sans passer par la voie du référendum comme l’avait promis le gouvernement. Adieu l’UE. Les négociations qui ne devaient être qu’une formalité ont achoppé sur trois sujets principaux.

Le problème de la pêche

Le premier, le plus essentiel, est le problème de la pêche. Avec l’effondrement de son système financier, la pêche est redevenue un secteur essentiel de l’économie islandaise. Son poids dans le PIB est passé de 4,7 % en 2008 à 7,1 % en 2012 et 42 % des exportations islandaises sont des produits de la pêche. Or, l’entrée dans l’UE signifierait l’adoption de quotas de pêche plus restreints, et  compte tenu du poids économique de ce secteur, Reykjavik veut continuer à disposer de cette liberté. Et puis, il y a cette épineuse question de la chasse à la baleine, toujours pratiquée en Islande à la grande indignation de Bruxelles et qui est un sujet fort sensible dans l’île nordique.

L’euro peu attirant

Le deuxième écueil est celui de l’euro. Sans doute pouvait-on voir la zone euro en juillet 2009 comme un « havre de stabilité ». Ce n’est plus vraiment le cas après quatre ans de crise profonde de l’Union Européenne Monétaire. Sans compter que, parallèlement, l’Islande a beaucoup profité, au prix d’une très forte inflation, de la dépréciation de la couronne. Beaucoup d’Islandais doutent donc qu’il soit utile de perdre la maîtrise de sa politique monétaire et craignent de voir leurs intérêts ignorés par la Banque Centrale Européenne. Or, les avantages de l’euro sont assez limités puisque les importations en provenance de la zone euro ne représentent que 27 % du total. Le jeu pourrait ne pas en valoir la chandelle.

Un intérêt limité

Troisième raison de l’échec des négociations, c’est la gestion de l’UE. L’Islande est sortie de la crise en tentant de préserver les intérêts de ses nationaux, notamment en pratiquant un défaut sur les investisseurs étrangers et en renonçant de facto à l’indépendance de sa banque centrale. C’eût été évidemment impossible en cas d’adhésion à l’UE. Les partis opposés à l’UE soulignent aussi combien la technocratie bruxelloise serait négative pour la démocratie islandaise. D’autant que, ajoutent-t-ils, l’Islande, membre de l’accord de libre-échange avec l’UE et de l’espace Schengen, bénéficie déjà d’une bonne intégration dans l’espace européen. Une adhésion à l’UE n’apporterait rien de plus à un pays qui compterait bien peu à Bruxelles.

Dans sa discussion avec M. Rinkevics, ministre des affaires étrangères letton et actuel président du Conseil de l’UE, Gunnar Bragi Sveinsson, ministre des Affaires étrangères islandais, a souligné l’importance de la poursuite des relations et d’une coopération solide entre l’Islande et l’UE, y compris sur la base de l’accord EEE.
Le ministre des Affaires étrangères a exprimé son ardent désir de renforcer la coopération entre l’Islande et l’UE, même davantage. M. Rinkevics a déclaré qu’il respectait cette conclusion et était d’accord sur l’importance de poursuivre une coopération étroite entre l’UE et Islande.

L’impact du retrait de l’Islande de la procédure d’adhésion sur les fonds européens

N’ayant plus le statut de « pays candidat », le retrait de l’Islande de la procédure d’adhésion a en effet une incidence sur son éligibilité à certains fonds européens. Elle ne fait par exemple plus partie des pays éligibles à l’Instrument de Préadhésion (IPA). L’instrument a pour objectif d’apporter une aide à la transition et au renforcement des institutions, à la coopération transfrontalière, au développement régional, rural  et des ressources humaines. Néanmoins, son statut de membre de l’EEE lui permet quand même une éligibilité à une multitude de programmes intracommunautaires, des fonds structurels et de la coopération extérieure.